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Histoire Du Groupe

Les lesbiennes de l’Espace LOCs ont de la mémoire.

Le groupe LOCs est un espace qui s’inscrit dans une démarche intellectuelle, politique et militante de lesbiennes portant leurs connaissances individuelles et collectives. Riches de ces expériences, nous, Espace LOCs, avons souhaité partager et transmettre ces expériences à d’autres lesbiennes « of color » en France et ailleurs. Retracer cette mémoire c’est aussi raconter ces groupes qui ont porté des analyses et des réflexions sur l’invisibilité des lesbiennes « of color », qui ont questionné le racisme, qui ont tenté la construction d’un espace à soi.

Mais l’espace lesbien féministe français, lui, n’a jamais réellement pris conscience de ces enjeux maintenant un désintérêt de traiter de l’invisibilité des lesbiennes « of color » et, de facto, du racisme ainsi que de nos espaces. C’est dans ce travail de transmission que le devoir de mémoire s’impose pour comprendre d’où nous venons, comment nous évoluons et ce que nous créons.

Retraçons un peu ce parcours: Années 70

Coordination des Femmes noires : en mai 1976 un groupe de femmes voit le jour composé principalement d’Africaines et de certaines Antillaises qui les avaient rejointes. En juillet 1978, la Coordination des femmes noires publiait sa première brochure et était connue dans le mouvement des femmes en France. A la tête de Coordination, la sénégalaise Awa Thiam auteure de « La parole aux négresses » édité en 1979, farouche opposante à l’excision et africaniste, militant pour une réflexion féministe sur l’Afrique avec d’autres femmes Maria Kalalobé, Epoupa Mizipo, Béatrice N’Goma, Gerty Dambury…Rappelons que certaines de ces femmes étaient proches de branches politiques de Gauche.

Comme Maria Kalalobé proche de Révolution, organisation d’extrême gauche qui avait une branche Révolution Afrique ; ou encore Gerty Dambury (antillaise) qui a participé au mouvement des femmes par son engagement politique dans le mouvement étudiant (1974-75) contre les lois Debré qui voulait réduire le nombre des étudiants étrangers.

Mais qui étaient ces femmes ? Les Africaines qui composaient la Coordination œuvraient pour une gouvernance plus démocratique en Afrique, revendiquaient un discours anti-dictature et anticolonialiste, dénonçaient les régimes dictatoriaux de leurs pays, s’opposaient aux pratiques discriminatoires dites traditionnelles envers les femmes et exigeaient une valorisation des femmes africaines.

Les revendications des Antillaises étaient plus sociales : rattrapage des lois entre la France et les Antilles, les allocations familiales, obtenir des avancées au niveau du planning et repartir aux Antilles pour avancer de l’intérieur sur l’émancipation des femmes, l’homosexualité, mais se sont heurtées à un rejet de la société antillaise à voir des groupes de femmes émerger.

Si la Coordination se distinguait par ses réflexions et militance relatives aux pays et terres natales dont les membres étaient originaires ; intégrer le mouvement des femmes au sens mouvement des femmes blanches suscitait des débats et vraisemblablement avait entraîné des divisions sur fond de vraies questions que nous vous citons : « Est-ce que notre mouvement était une excroissance du mouvement des femmes blanches ? Est-ce que leurs revendications nous concernent ? Ou faut-il trouver un autre biais pour les aborder ?

Nous vivons ici, mais les problèmes ne se posent de la même façon chez nous, il faut trouver un autre biais et que ce soit compris » Incontestablement, à l’intérieur du mouvement féministe français, le discours anticolonialiste, l’analyse sur les pays colonisateurs (dont étaient originaires les féministes françaises) n’étaient pas traités, d’autant qu’il n’y avait pas assez de femmes noires pour porter cette question. Surtout quand on sait que les revendications des femmes noires s’inscrivaient dans une analyse de l’histoire relative à la colonisation et à l’esclavage.

En définitive, les réponses n’ont pas été apportées. Les années 80 ; le temps passant, les membres de la Coordination se sont séparées : chacune est rentrée dans son pays pour jouer son rôle dans l’autonomie des femmes avec plus ou moins de facilités comme une suite logique à leurs revendications durant leur exil.

Années 90/2000

Le Groupe du 6 novembre : un groupe politique non mixte voyait le jour en novembre 1999 grâce à la rencontre de lesbiennes dont l’histoire était liée à l’esclavagisme, à l’impérialisme, aux colonisations, aux migrations forcées, celles qui sont désignées dans les pays anglo-saxons sous le générique de “lesbians of color”. Le groupe avait adopté une démarche radicale optant pour le principe de la non-mixité (décliné à différents niveaux), afin de permettre que se développe un espace d’échange, de réflexion, d’analyse portant sur les oppressions multiples produites par des structures hétéropatriarcales, sexistes, lesbophobes, et/ou racistes, classistes …

Un besoin et une exigence distinguaient le groupe : se retrouver entre lesbiennes pour pouvoir analyser et agir contre les structures d’oppressions hétéropatriarcales; se retrouver entre lesbiennes des migrations forcées, des colonialismes et de l’esclavagisme pour analyser et agir contre les structures racistes, classistes… qu’elles subissaient au quotidien et dans les milieux lesbiens et féministes.

Elles travaillaient à faire connaître les féministes, théoriciennes, chercheuses des Quatre Continents, et à diffuser leurs analyses. Il s’agissait également pour elles de faire connaître, diffuser et aider au développement de leurs productions culturelles et artistiques, triplement invisibilisées (dans l’espace hétérosexuel, gay et lesbien). Elles entendaient intervenir dans l’espace public et politique en mettant en place des réseaux (national et international). Le groupe a dû mettre en place les Editions Nomades’Langues afin de pouvoir éditer en toute liberté.

En 2005, le groupe s’est dissout. Mais l’espace lesbien féministe français, lui, n’a jamais réellement pris conscience de la nécessité de traiter de la question de l’invisibilité des lesbiennes of color et de facto de la question du racisme. Malheureusement leur site n’est plus actif, mais un archivage vous donnera un petit aperçu du groupe : www.wasadugu.org.

Années 2000

Les N’DéeSses crée en 2001 est un collectif de lesbiennes arabes ou de langues et de culture arabes, vivant en terres natales ou en terres d’exil. Ce collectif a été le fruit d’échanges entre des maghrébines lesbiennes féministes depuis la France et l’Algérie. Le collectif était à l’image du combat quotidien des lesbiennes arabes, maghrébines là où elles vivaient, en exil ou au pays natal pour faire entendre leur voix.

Pour réaliser en partie ces objectifs, le collectif de N’Déesses a créé le site, Sehakia (lesbienne en arabe) en 2002. Le site a été conçu comme un outil de diffusion des productions intellectuelles, culturelles des lesbiennes et femmes arabes, comme un outil d’information qui couvre un large éventail : du juridique aux choses pratiques pour servir d’interface pour les lesbiennes et femmes en situation critique.

Un site qui puisse répondre disent-elles, « d’un espace de réflexion, d’information et d’échange pour être le pont vers toutes les lesbiennes arabes là où elles se trouvent dans le monde car nos préoccupations et nos rêves sont proches, notre culture et notre histoire sont communes, car il est temps pour les lesbiennes arabes, maghrébines de se révolter et dire haut et fort : J’EXISTE MALGRE EUX ! » Une des priorités de leur réflexion tentait de faire connaître l’existence des lesbiennes arabes, maghrébines et d’exister comme lesbiennes arabes partout, en terres natales comme en terres d’exil en dénonçant le sexisme, l’hétéropatriarcat, la lesbophobie, l’homophobie des sociétés arabes et en aspirant à des changements, des transformations en terres natales.

Malheureusement, à ce jour, nous ignorons si le collectif des N’Déesses existe toujours, d’autant que le site www.sehakia.org est inactif ou pas du tout actualisé. Dommage ! car les N’Déesses posaient de questions fondamentales que nous vous rapportons in extenso : « Qu’est-ce que cela signifie pour chacune d’entre nous de nous définir comme lesbiennes Arabes ? Quelles stratégies avoir pour construire notre propre territoire où nous pourrons exprimer notre identité et notre culture en tant que lesbiennes ET arabes où que nous soyons ?

Groupe LDR (lesbiennes contre les discriminations et le racisme) : créé en 2005

Le groupe LDR (Lesbiennes contre les discriminations et le racisme) est né en novembre 2005 à l’initiative d’une lesbienne féministe africaine. Très vite il regroupes des lesbiennes féministes franco-françaises et des lesbiennes « of color » pour lutter contre toute forme de racisme et de discrimination au sein de la communauté lesbienne en France et au delà des frontières.

Les LDR revendiquaient une posture politique féministe radicale : des lesbiennes conscientes des différences et des diversités qui nourrissent notre monde de Lesbiennes ici et ailleurs ; et que, trop souvent, cette diversité était quasiment absente lors des occasions festives et militantes qui concernent les femmes et les lesbiennes. Les LDR avaient besoin d’un espace politique et solidaire qui puisse leur permettre de se confronter, de s’épanouir et de s’ affranchir de toute reproduction hétéro-patriarco-dominante-uniforme et unicouleur.

Elles exigeaient plus de visibilité de ces différences et des diversités à tous les niveaux (dans tous les domaines) que les Lesbiennes occupent : films, musique, art, sport, débats, livres, la culture en générale…bref, partout.

Durant l’édition du festival de Cineffables (2006), elles ont initié une projection-débat originale tant dans son contenu que dans sa forme : présentation d’un montage de film divers et varié autour de l’invisibilisation des lesbiennes « of color », d’autres réalisés par réalisatrices d’Afrique, d’Asie, d’Arabie, d’Amérique Latine autour du du racisme et de toutes les formes de discrimination ; un débat à l’issue de la projection sur les thèmes : Racisme, Discrimination, Visibilité/Invisibilité pour terminer sur une séquence de jeux avec le public en l’invitant à choisir et à réfléchir autour de mots tirés au hasard sur les thèmes cités ci-dessus.

En 2007 à l’occasion de la LGPride, les LDR ont marqué leur espace arborant une banderole au message clair:

Les lesbiennes sont partout, les lesbiennes sont solidaires!

En dénonçant les politiques migratoires et d’asile discriminatoires et insuffisantes envers les lesbiennes qui fuient leurs pays. Leurs revendications tenaient au droit d’asile politique pour toutes les lesbiennes qui fuient leurs pays parce que l’hétérosexualité est le modèle social dominant dans le monde mettant les lesbiennes en insécurité au-delà de la notion de pays d’origine sûrs, parce que notre attirance, notre vie sentimentale et affective de tous les jours implique que les lesbiennes sont de fait des opposantes politiques dans leur pays. La régularisation de toutes les lesbiennes sans-papiers ! La solidarité avec toutes les lesbiennes du monde entier par nos actions !